Mr Cenz à Paris pour Verticle 75

À l’invitation de David Roos et Eddie Colla, l’artiste britannique a posé ses bombes rue Poissonnière, en pleine canicule estivale, pour peindre sur le mur parisien un de ses portraits féminins à la fois puissant et mystérieux, visible jusqu’en septembre.

Mr Cenz aka Julian Phetean peint depuis qu’il a 11 ans. En 40 ans de carrière, il a développé un style distinctif. Travaillant à partir de photographies – principalement des sujets féminins – il les réinterprète de manière unique dans des compositions mêlant un figuralisme techniquement parfait à une approche abstraite des formes, des lignes et des couleurs. Une démarche parfois qualifiée de « graffiti surréaliste pour l’âme » !

Tu as un style qui ne ressemble à aucun autre…
Il n’existe aucun raccourci pour trouver son style, cela demande beaucoup de travail, mais celui-ci doit venir naturellement, sans chercher à reproduire ce que font les autres. Cette éthique, au cœur du graffiti à l’origine, s’est malheureusement perdue. Aujourd’hui, beaucoup se contentent d’assembler des éléments empruntés au travail d’autres artistes. Développer une identité personnelle reste pourtant essentiel ; je me sens donc chanceux d’avoir trouvé la mienne.

Pourquoi peins-tu principalement des visages féminins ?
J’aime les femmes, bien sûr, et j’ai la chance d’être entouré de femmes extraordinaires. Artistiquement et esthétiquement, je suis attiré par les formes et les courbes du corps et du visage féminins ; elles s’accordent avec celles des lettres du graffiti. Et puis, lorsqu’on commence à peindre des visages, cela devient presque addictif. Tout ce que l’on peut transmettre à travers un regard est très puissant.

Comment as-tu choisi le sujet de cette fresque ?
David et Eddie m’ont laissé une totale liberté, ce que j’apprécie particulièrement. Je travaille toujours à partir d’une image de référence, mais jamais à partir de photographies de personnalités, et je choisis mes sujets avec beaucoup d’attention. Ici, le modèle est jeune et semble profondément absorbé par la musique qu’elle écoute. Je crois que la musique est importante pour faire face à la folie de l’existence, surtout aujourd’hui. Je ne cherche pas nécessairement à transmettre un message précis, mais je pense que chacun peut lire beaucoup de choses dans mes œuvres.

Comment passes-tu de la photographie à la fresque ?
Je peins entièrement en freestyle [rires], sans rien planifier, sans dessin préparatoire ni esquisse. Tout se passe dans ma tête. Je visualise ce que je veux faire, modifiant mentalement les formes, les couleurs et la composition. Ensuite, je prends mes bombes et je me lance. Je ne cherche pas à déterminer, en regardant la photographie, comment je vais la reproduire sur le mur. Je ne réfléchis pas ; je m’adapte à l’espace. Être un artiste de rue, c’est aussi ça, non ?

Tu peins uniquement à la bombe et à main levée ?
Oui, presque exclusivement. J’utilise du ruban adhésif pour tracer les lignes droites et, parfois, un pinceau pour accentuer certains effets. Lorsque j’ai utilisé pour la première fois une bombe, j’ai été fasciné par cette technique et j’ai cherché à en repousser les limites.
Quand j’étais plus jeune, puis étudiant aux Beaux-Arts, j’ai expérimenté d’autres médiums, comme le pastel, l’acrylique… Mais rien n’égale la bombe, idéale pour mon approche spontanée et libre, sur un mur comme sur une toile. Les très grands murs imposent forcément un peu plus de préparation, mais, au fond, je les aborde de la même manière. Avoir suffisamment confiance en soi pour travailler en freestyle à grande échelle n’est pas évident ; il m’a fallu des années pour y parvenir.

Même si tu t’affranchis d’un réalisme strict, tes œuvres témoignent d’une maîtrise technique impressionnante. Comment obtiens-tu ce résultat à la bombe ?
Il n’y a pas de secret… avec beaucoup de pratique [rires]. On ne peut pas maîtriser une discipline sans lui consacrer du temps et s’y investir pleinement. J’apprécie certains aspects du photoréalisme, mais je trouve aussi les représentations trop exactes ennuyeuses. Il faut y apporter quelque chose de personnel. C’est pourquoi je cherche à associer cette maîtrise technique à mon amour pour l’art abstrait et futuriste. J’ai toujours aimé explorer ce qui gravite autour du graffiti et le fusionner avec d’autres formes d’art, bien avant que cela ne devienne populaire.

Le souci du détail est omniprésent dans ton travail…
Oui, j’accorde toujours beaucoup d’importance aux détails, même lorsque je peins à trente mètres de hauteur et que personne ne peut les voir !

Combien de temps as-tu mis à peindre cette fresque ?
Deux jours. Avec la chaleur, j’ai dû commencer tôt pour éviter de terminer trop tard, et j’ai travaillé un peu plus lentement que d’habitude [rires].

Cette œuvre restera visible trois mois. N’est-ce pas un peu frustrant ?
Cela fait partie de la nature même de l’Art Urbain. Dès qu’une œuvre est dans la rue, elle ne t’appartient plus. Elle peut être taguée dès le lendemain. C’est un risque que l’on connaît et que l’on accepte. Quand tu peins dans l’espace public, tu ne peux pas vivre dans l’inquiétude ni dans la frustration.

À voir
Mur Verticle 75

7 rue du Croissant 75002 Paris
Instagram : @verticle75

Mr Cenz : mrcenz.com
Instagram : @mrcenzone

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