Franck Dewitte, Galerie Détournée : le plaisir du partage
L’Art Urbain est particulièrement actif en province. Grâce aux artistes, bien sûr, mais aussi aux passionnés comme Franck Dewitte qui a su offrir à la métropole lilloise une galerie pas comme les autres.
Pas la peine d’aller chercher un sens caché au nom de la galerie lilloise. Il provient tout simplement du nom de la rue – admirablement située – où elle est installée depuis deux ans. Un nom qui colle parfaitement à l’esprit insufflé par Franck Dewitte, qui « détourne » les codes des galeries traditionnelles pour faire de ces 150 mètres carrés, à la fois espace d’exposition et artshop, un lieu de rendez-vous incontournable pour les amateurs « d’art visuel urbain ».
Comment êtes-vous devenu galeriste ?
Sur le tard [rires]. Architecte de formation, j’ai été prof d’arts plastiques pendant 34 ans. Au cours de toutes ces années, j’ai fait intervenir en classe pas mal d’artistes urbains, comme Jeff Aérosol, rencontré il y a plus de 25 ans ! Lorsque j’ai quitté l’enseignement, avec un peu de lassitude, j’ai voulu ouvrir une galerie pour assurer la promotion de cet art.
Comment définiriez-vous votre galerie ?
La galerie rappelle d’abord que l’Art Urbain n’est pas qu’une expression marginale, mais un langage contemporain, un miroir social et un art à part entière. C’est un lieu pour tous. Contrairement à d’autres, nul besoin d’être bien habillé pour pousser la porte. Tout le monde est bienvenu et je suis très attentif à l’accueil. Beaucoup viennent faire un tour en famille. On y vient voir des œuvres mais aussi échanger, découvrir, discuter… Dès l’entrée franchie, il n’est pas rare de voir deux ou trois artistes discutant de leur travail, attablés devant une bonne bière du Nord. L’ambiance est presque aussi importante que les expositions. La galerie s’inscrit ainsi dans l’identité culturelle lilloise : inventive, pluraliste, accessible et ouverte.
Quelle est votre ligne éditoriale ?
Notre force réside dans la capacité à réunir des artistes d’horizons divers : lillois incontournables, jeunes talents émergents dont les œuvres s’éparpillent dans la métropole et invités nationaux et internationaux venus partager leur univers. L’idée est de montrer toute la diversité de l’Art Urbain – graffitis, pochoirs, collages, sculptures urbaines… –, et toutes ces formes d’expression nées dans l’espace public. C’est ce qui surprend souvent les personnes qui pénètrent pour la première fois dans la galerie. À côté des pochoirs de Kelu Abstract ou de Petite Poissone, elles découvrent les poteaux du CyKlop ou les petites boîtes à musique d’Atomik Nation.
Comment définissez-vous votre programmation ?
Nous organisons une exposition tous les mois, en débordant parfois d’une semaine ou deux, le temps de décrocher et d’accrocher. En juillet-août et en décembre-janvier, il y a ce que j’appelle une « grosse collective ». Depuis notre création, nous avons déjà fait 17 expositions : des solos, des duos, des group shows… C’est assez libre. Quand Petite Poissone a exposé à la galerie, par exemple, elle a tenu à inviter des artistes qui s’expriment aussi par le texte, notamment le Lillois Gregory Valentin et le Parisien EZK. Et lorsque j’ai donné carte blanche à LEM, il a invité sept de ses copains : Gues, RCF1, Honet, Jiem, Mary, Naste, Espack.
Avez-vous un lien particulier avec la scène locale ?
Naturellement. La métropole lilloise a toujours entretenu un lien fort avec l’Art Urbain, visible dans ses friches industrielles, ses ruelles discrètes et ses fresques monumentales. Il y a un grand dynamisme à Lille, mais aussi à Roubaix. Quand je me suis lancé, des artistes comme Jeff, Kelu ou Mister P. m’ont très vite suivi et soutenu. La galerie a également fêté les 20 ans de MIMI the ClowN par un solo exceptionnel.
La fréquentation est-elle principalement locale ?
C’est ce à quoi je m’attendais, puisque c’est la seule galerie d’Art Urbain dans le nord, entre Paris et Bruxelles. Mais je suis surpris de recevoir des visiteurs qui viennent de loin, notamment des Parisiens, même pour des artistes qui sont proposés également par Ben au Lavo//Matik. J’ai aussi un public nantais, mais ne me demandez pas pourquoi. Et lorsque j’ai exposé RNST, des visiteurs sont même venus de l’Est juste pour l’occasion.
Quels sont vos projets pour 2026 ?
Après la collective qui se termine fin janvier, nous participons à Art3F Hauts-de-France en février. Côté expos, j’enchaîne avec un group show des pionniers de l’Art Urbain – Jeff Aérosol, les VLP, Paella… – et leurs descendants. Suivra le premier solo de La Dame Quicolle, une artiste lilloise très engagée contre les violences faites aux femmes, qui pose sur les murs des portraits de victimes, les « Gardiennes de rue ». On a beaucoup parlé d’elle sur les réseaux sociaux et dans la presse lorsqu’elle a posé un portrait de Gisèle Pelicot au moment du procès des viols de Mazan.
L’engagement des artistes est-il un point important dans votre line-up ?
Pas particulièrement. Les expositions thématiques s’enchaînent, chacune proposant un regard différent sur l’urbanité : critique sociale, humour, poésie visuelle, culture pop revisitée, engagement politique ou simple célébration du geste graphique. Un artiste comme Jeff n’est pas engagé dans sa pratique artistique, même s’il l’est dans ses propos. D’autres comme RNST ou le Franco-Belge CoolJC le sont beaucoup plus.
Alors, comment choisissez-vous les artistes que vous présentez ?
Au feeling. Parfois je les contacte parce que j’aime leur proposition ; parfois, ce sont eux qui viennent à moi. Ensuite, ça matche ou pas… Entre les artistes et moi, c’est un véritable échange. Mais je suis toujours très réceptif aux artistes qui font la démarche. La seule obligation, c’est d’avoir vraiment une pratique en extérieur.
À voir
Galerie Détournée
14-16 rue Détournée 59000 Lille
Du mercredi au samedi de 11h à 19h
galeriedetournee.com
Instagram : @galeriedetournee







