Marianne rêve sur la colonnade de l’Assemblée nationale
Invité à investir la colonnade du Palais-Bourbon, Seth revisite la figure de Marianne à travers l’un des thèmes qui traversent son œuvre depuis plus de vingt ans : l’enfance. Visible jusqu’au 28 septembre, cette installation monumentale donne naissance à une Marianne en devenir, entre espoir, imaginaire et liberté.
Enfant, Seth a franchi les portes de l’Assemblée nationale. « Je me souviens d’une visite scolaire au cours de laquelle notre institutrice nous expliquait le rôle des représentants du peuple… sans réellement comprendre ce que cela signifiait… Mais, j’ai d’emblée été fasciné par l’architecture monumentale du bâtiment ». Quelques décennies plus tard, l’artiste revient sur les lieux avec Marianne rêve, une installation monumentale déployée sur la colonnade. « Je ne pensais pas que l’Assemblée nationale pouvait s’intéresser à mon travail. Jusqu’à présent, ce type de projet était plutôt confié à des artistes contemporains ». Honoré de cette invitation, Seth s’interroge : Comment évoquer la République, ses symboles et ses institutions sans renoncer à son propre langage ? « J’ai cherché une manière d’aborder ces sujets qui soit à la fois sérieuse et ludique, tout en restant fidèle à mon univers ».
Le choix de l’enfance
Parmi les différentes pistes envisagées, une Marianne enfant vue de trois quarts s’impose rapidement : « Représenter une Marianne jeune résonnait naturellement avec mon travail. C’était aussi une manière de renouveler son image, loin des représentations plus classiques, souvent associées à une figure antique ». Chez Seth, ce choix n’a rien d’anecdotique. « Cette Marianne est jeune parce qu’elle incarne une France en devenir. Nos institutions sont fragiles, rien n’est gravé à jamais. À nous de rester vigilants ». Une vision qui nourrit également le titre de l’œuvre, Marianne rêve, une promesse autant qu’un horizon. « L’enfance est liée à l’espoir. J’avais envie qu’elle en donne, ou qu’elle nous aide à en retrouver. Je pense que nous en avons tous besoin aujourd’hui ». Cette jeunesse entre également en résonance avec l’institution elle-même. Tournée vers l’hémicycle, « le cœur de nos institutions », Marianne regarde en direction du lieu où sont débattues et votées les lois par ceux que nous avons élus. « Une façon d’inviter chacun à s’intéresser à ce qui se passe à l’intérieur du bâtiment ». Une réflexion qui prolonge naturellement celle de l’artiste sur la place des nouvelles générations dans la démocratie. « Liberté, égalité, fraternité sont des principes qui nous rassemblent. Il faut peut-être leur insuffler un peu de sang neuf et encourager les jeunes à s’investir davantage dans la vie de la République ».
Une œuvre ouverte aux interprétations
L’installation est également née d’un dialogue avec l’architecture du Palais-Bourbon. Plutôt que de considérer la colonnade conçue par Bernard Poyet comme une limite, Seth choisit d’en faire l’un des éléments constitutifs de l’œuvre. « J’ai joué avec le rythme architectural très particulier. Les colonnes permettent de fragmenter la composition et d’introduire des vides qui participent autant à l’œuvre que les pleins ». À distance, le regard perçoit une figure d’ensemble. En s’approchant, chacun est invité à reconstituer mentalement ce qui lui échappe. Cette liberté laissée au spectateur est au cœur de la démarche de l’artiste. « Certains verront dans cette Marianne une figure tournée vers l’avenir ; d’autres en auront une lecture différente. Si elle nous invite à la suivre, qui y a-t-il au loin ? L’aube ou le crépuscule ? À chacun son interprétation ».
Pour Seth, l’œuvre s’inscrit également dans une réflexion plus large sur la pertinence des symboles. « Marianne est une femme qui incarne la liberté et la force. Je trouvais intéressant de la mettre en valeur à travers une représentation plus contemporaine. Selon moi, il est important de continuer à s’appuyer sur des figures comme celle-ci ». Pour l’artiste, leur rôle demeure essentiel dans une époque où les repères collectifs semblent parfois vaciller. « Ils nous relient à une histoire, à une culture et nous permettent d’aller vers l’avenir sans repartir de zéro. Sans ces symboles largement partagés, nous risquons de basculer dans un monde d’idées beaucoup plus abstrait ». Cette réflexion nourrit plus largement sa vision du rôle de l’art dans l’espace public. « Il n’y a rien de politique dans cette Marianne. Au contraire, j’ai essayé de proposer une œuvre capable de rassembler dans une société qui apparaît aujourd’hui de plus en plus fragmentée ». Visible depuis la place de la Concorde comme depuis les quais de Seine, Marianne rêve inscrit ainsi l’univers de Seth au cœur de l’un des lieux les plus emblématiques de la République. « Je suis un artiste urbain. J’avais envie d’en proposer une lecture populaire, au sens le plus noble du terme : une figure accessible à tous ». Une Marianne qui ne renonce ni à sa complexité ni à sa portée symbolique, mais qui refuse d’être réservée à quelques initiés.
À Voir
Seth : www.seth.fr
Instagram : @seth_globepainter
© Alexander Krziwanie / Assemblée nationale







