Alexandre Ribeyrolles, passion sérigraphie
Si l’impression numérique permet une production d’éditions d’art de qualité et à prix réduit, la sérigraphie séduit toujours – et même de plus en plus – artistes urbains et collectionneurs.
Défendre en 2026 un procédé qui a vu le jour en Asie il y a plus de 1.000 ans et qui s’est répandu en Occident au XIXe siècle peut sembler témoigner d’un attachement excessif à la tradition. Mais, si de nombreux artistes urbains font ce choix pour des éditions limitées, ce n’est pas par nostalgie. Alexandre Ribeyrolles, fondateur et directeur de la maison d’édition et atelier d’art Tres Estelles, nous en livre tous les secrets.
Comment expliquer la sérigraphie à quelqu’un qui ne connaît pas cette technique ?
C’est une série de pochoirs – un par couleur – qui se juxtaposent les uns aux autres à travers des écrans autrefois réalisés en soie, du latin sericum et du grec graphein. Cette technique permet d’imprimer tout type de support, comme ici, un papier d’art d’excellence. Chaque couleur représente un passage. Ce procédé permet de faire des multiples qualitatifs d’une œuvre. En résumé, une sérigraphie est une addition d’écrans.
Pourquoi continue-t-elle de séduire à l’ère du numérique ?
Peut-on comparer un croissant industriel à un croissant préparé par le meilleur boulanger local ? Le premier n’est pas mal, mais avec le second, le petit-déjeuner n’a vraiment pas le même goût ! La sérigraphie offre un rendu indéniablement de meilleure qualité. Les artistes découvrent – ou redécouvrent – l’importance du support, la tenue des couleurs et apprécient le côté artisanal. La sérigraphie prolonge la création de l’artiste ! Elle porte en elle un savoir-faire tel que, au premier regard, on sait que l’on a affaire à une véritable œuvre d’art, pas uniquement une reproduction mécanique.
Quel rôle joue-t-elle dans l’économie d’un artiste ?
Pour un jeune artiste, c’est un moyen de se faire connaître ; pour un artiste plus confirmé, de donner à un public plus large l’accès à son travail. Dans le milieu de l’Art Urbain particulièrement, c’est un moyen de toucher un public plus large et populaire et d’entrer dans l’intimité des acheteurs.
Qu’est-ce qui fait une « belle » sérigraphie ?
Ne parlons pas de la qualité artistique qui est très subjective. L’apport technique de la sérigraphie tient à la puissance des couleurs, au velouté des encres et à la qualité des aplats. Sa qualité dépend donc du choix des matières, des encres, du papier d’art…, mais aussi et surtout de l’exécution. L’humain est au centre de tout, chaque geste compte et nous mettons toute notre intelligence à résoudre la complexité de la proposition artistique, qui ne peut être que le fruit d’un échange avec l’artiste. Certains ont des envies et nous soumettent des œuvres qui repoussent nos limites et nous forcent à trouver des solutions innovantes. Ce qui nous intéresse, c’est de les accompagner, de mettre notre savoir-faire à leur service et que notre atelier devienne, le temps de l’édition, leur atelier.
La sérigraphie est-elle toujours une porte d’entrée pour les collectionneurs ?
Oui, rien n’a changé. Une sérigraphie procure la même émotion qu’une œuvre unique. Le rituel est le même : on a un coup de cœur, on veut cette pièce, on l’achète, on l’accroche et on dialogue avec elle le temps qu’il faut. Mais le prix étant plus accessible, on peut accumuler les œuvres et renouveler régulièrement ses murs. Des collectionneurs – nombreux dans l’Art Urbain – achètent aussi bien des multiples que des pièces uniques, surtout ceux qui suivent plus particulièrement certains artistes. Il y a aussi des passionnés d’estampes, des érudits de l’impression…
Quel conseil donneriez-vous à un collectionneur qui s’intéresse aux sérigraphies ?
Ces pièces sont accessibles, avec des prix allant de 100 à 500 euros. On dit souvent qu’un collectionneur doit marcher au coup de cœur, mais, à ce prix, on peut se tromper [rires]. Pour aller plus loin, il faut s’intéresser à la technique, au papier, à son grammage, mais aussi aux maisons d’édition, notamment à leur ligne artistique et technique. Enfin, dans une optique d’investissement, s’appuyer sur des artistes reconnus mais aussi suivre des émergents dans la durée est pertinent. Si la cote de l’un s’envole, c’est toute la collection qui se valorise. Pour autant, l’important est avant tout de se faire plaisir, là est la vraie richesse.

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