« Ça Déborde »… et c’est tant mieux !
Après deux ans d’absence à Toulouse, Mister Freeze retrouve les bords de la Garonne en investissant la Caserne Jacques Vion pour une édition hors norme. Porté par Reso et son équipe de bénévoles, ce projet collectif revendique « l’esprit d’un petit village » où plaisir, rencontres et imprévus s’imposent comme moteurs de création.
Après un frigo industriel, une ancienne maison de la peinture, un musée classé ou encore une papeterie désaffectée, Mister Freeze poursuit sa longue histoire avec les lieux atypiques. Pour son grand retour à Toulouse, le festival investit la Caserne Jacques Vion, un ensemble brutaliste classé au patrimoine architectural dont les volumes imposants constituent l’un des marqueurs forts de cette édition 2026. L’architecture du bâtiment s’impose d’emblée comme l’un des éléments structurants du projet. « Il y a deux ans et demi, nous avions déjà investi la caserne des pompiers du Port-Saint Sauveur. Cette fois, nous nous installons dans les 4.000 m² de la Caserne Jacques Vion, située en plein centre-ville. C’est un bâtiment classé qui nous a imposé de travailler avec son architecture ». Une contrainte avec laquelle l’équipe a choisi de composer. « Ce que l’on aime dans le graffiti, ce sont les défis, notamment lorsqu’il s’agit de transformer des endroits insolites en scènes artistiques temporaires ». Pendant plusieurs semaines, l’équipe réaménage le site sans jamais chercher à masquer son identité. Une grande partie des installations est réalisée à partir de matériaux récupérés. « 90% de ce qu’il y a ici, c’est de la récup’ ». Une approche qui relève autant de la nécessité que de la philosophie du projet.
Un village plutôt qu’une exposition
« Ça Déborde » a donc été pensé comme un lieu de vie. « Nous avons souhaité recréer l’esprit d’un petit village ». Cette organisation singulière constitue l’une des spécificités de cette édition. Le parcours se déploie en deux temps. À l’intérieur, les espaces ont été aménagés dans une logique proche de celle d’une galerie, tout en laissant une large place aux installations. À l’extérieur, la cour devient le cœur battant du projet. « Nous avons créé une place de village avec des shops tout autour. Chaque espace a été confié à un artiste ou à un collectif afin que les visiteurs puissent les voir à l’œuvre et échanger avec eux ». L’ancien bar des pompiers, les zones de stockage et les locaux techniques ont ainsi été réhabilités et réaménagés. « Nous les avons remis aux normes. Chaque artiste a ensuite été libre d’aménager son atelier à sa manière ». L’idée ? Abolir la frontière entre espace de création et espace d’exposition. Le public observe les œuvres naître, discute avec leurs auteurs et découvre les coulisses d’une pratique souvent réduite à son résultat final. Ce quotidien anime ainsi magnifiquement ce Village Créatif.
Une aventure collective
Pour « Ça Déborde », Reso revendique avant tout une démarche collective. « Je suis à l’initiative du projet, mais je reste ouvert aux propositions et aux envies de ceux qui m’entourent. C’est un travail collectif ». Une philosophie qui se reflète dans une programmation construite progressivement, au gré des échanges et des opportunités. « Au départ, nous avions prévu 40 artistes. Finalement, près de 70 artistes travaillent sur place. Le projet s’est étoffé au fil des jours ». De nombreuses disciplines y dialoguent librement. Fidèle à cette logique d’ouverture, Reso a également souhaité s’appuyer sur d’autres compétences. « J’ai notamment invité la galerie Liminal – portée par L’Atlas, un bon ami – à participer à l’aventure. Ensemble, nous avons sélectionné cinq artistes dont les pratiques explorent l’abstraction gestuelle et la calligraphie en noir et blanc. C’est important de laisser aussi une place à des spécialistes ». Au-delà de la programmation, cette dynamique collective irrigue l’ensemble du festival. Bénévoles, artistes, partenaires et techniciens participent ainsi à la métamorphose du site. « Nous avons abordé cette aventure avec beaucoup d’enthousiasme parce que nous avions réellement envie de faire vivre cet endroit ».
Les disciplines débordent du cadre
Le titre de cette édition n’est pas une simple formule. Ici, tout semble effectivement déborder. Graffiti, peinture, sculpture, photographie, installation, art numérique… cohabitent. Une salle accueille ainsi des expositions temporaires renouvelées au fil des semaines, tandis que de nouvelles propositions inattendues viennent régulièrement enrichir l’expérience. « Dès que nous rencontrons quelqu’un de passionné, nous cherchons à mettre son savoir-faire en valeur ». Cette logique explique notamment l’ouverture de nombreuses disciplines, comme l’atelier tatouage éphémère à base de plantes ou encore les soirées spéciales saxo. « Nous avons découvert qu’un photographe invité jouait du saxophone. Comme plusieurs d’entre nous jouent également de cet instrument, nous avons imaginé des soirées musicales. Cette programmation évolutive est sans doute ce qui nous distingue le plus ».
Un lieu où l’on reste
Cette ouverture aux rencontres et aux collaborations produit parfois des rapprochements inattendus. Ainsi, au centre du village trône un Puma militaire prêté par le 9e Régiment de Soutien Aéromobile de Montauban. « La présence du Puma installé au centre du village s’inscrit dans une histoire plus ancienne. Depuis plusieurs années, Mister Freeze développe une partie de ses activités à Montauban. J’ai pu y nouer des liens avec le 9e Régiment de Soutien Aéromobile ». Avec plusieurs artistes, dont Jace et Katre, il a réalisé au sein de la caserne des fresques et peint quatre hélicoptères. Pour « Ça Déborde », le 9e RSAM a ainsi mis un Puma à la disposition du festival. « Les militaires nous l’ont livré et l’ont monté sur place. Ce qui est drôle, c’est que tout le monde croit qu’il était déjà là ».
À quelques mètres, une tour monumentale déborde elle aussi de couleurs. Une intervention assez spectaculaire. « Nous l’avons habillée en laissant couler la peinture depuis chaque étage. Cette fresque correspond à notre thématique : aucun artiste n’est mis en avant », explique Reso. Car plus qu’un festival, « Ça Déborde » offre une expérience différente. « Les visiteurs arrivent en fin de matinée, déjeunent sur place puis passent l’après-midi à déambuler dans le village. D’autres nous rejoignent plus tard, pour les nocturnes. Quand on vient, on n’a plus envie de partir !». Pour un festival qui revendique avant tout la rencontre, le partage et le plaisir d’être ensemble, difficile d’imaginer meilleure définition. Cette dimension humaine reste d’ailleurs essentielle aux yeux de Reso, qui tient à remercier l’équipe, « Vincent, David, Julia, Lionel, Laetitia, Émilie. Alexandra, Zigzag, Kelly, Nono, mais aussi tous les artistes. Cette aventure est une véritable histoire de famille ! ». Nul doute, le festival continue de défendre une vision généreuse de la culture, fondée sur le partage et la proximité. « Venez prendre du plaisir, venez avec votre bonne humeur ! », lance Reso. Dans une époque où les formats culturels tendent souvent à se spécialiser ou à se segmenter, Mister Freeze choisit au contraire l’ouverture. Et pendant quelques semaines, au cœur de Toulouse, grâce à Alber, Arnaud Liard, Onesiker, Franck Noto, Julia Forma, Moulin Crew (Zike / Bungle Ced), Mélanie Bourget, L’Outsider, Ratur, Sckaro, Shoe, Veks, Xare, Zoer, Zepha…, l’art déborde effectivement de partout.
À voir
Mister Freeze – Ça Déborde
Jusqu’au 26 juillet 2026
Du jeudi au dimanche de 11h à 21h30 (hors nocturnes et soirées spéciales)
Caserne Jacques Vion
17 allée Charles de Fitte 31300 Toulouse
Mister Freeze : expomisterfreeze.fr
Instagram : @expomisterfreeze
© IAMP Photographie / Sarah Navarro







