Millo à cœur ouvert

À Blois, Millo imagine deux fresques comme les séquences d’une même histoire, où le geste d’offrir et de recevoir se déploie d’une façade à l’autre.

Sur les deux pignons de la résidence Jules-Ferry, dans le quartier Mirabeau, Millo a imaginé une seule histoire en deux temps. D’un mur à l’autre, un cœur est porté, offert puis accueilli, laissant à chacun la liberté d’interpréter ce récit avec sa propre sensibilité. L’artiste retrouve ici un contexte qu’il affectionne particulièrement : celui d’un quartier où l’art vient directement à la rencontre des habitants. Propriétaire de la résidence et financeur des œuvres, 3F Centre Val de Loire a porté le projet avec Unik Art Agency (U2A), chargée de sa conception et de sa production, en partenariat avec la Ville de Blois. Ces fresques s’inscrivent dans une dynamique engagée autour de l’Art Urbain à Blois et pourraient contribuer à structurer progressivement un véritable parcours à l’échelle de la ville.

Comment as-tu été impliqué dans ce projet ?
Lorsque l’agence U2A m’a proposé le projet, j’ai accepté immédiatement. J’interviens souvent dans des quartiers comme celui-ci, avec des logements sociaux, un peu éloignés du centre-ville, où l’accès à l’art au quotidien est limité. C’est dans ces environnements qu’il me semble le plus nécessaire. J’ai également apprécié les échanges créés autour de la réalisation : des ateliers ont été organisés avec les enfants du quartier et de nombreux habitants sont venus s’intéresser à mon travail pendant que je peignais.

Est-ce un choix politique ?
Pour moi, oui.

Comment as-tu présenté ta proposition ?
J’ai soumis deux idées à travers quatre dessins très simples, sans trop de détails ; la municipalité et les équipes de 3F ont tranché. J’aime qu’il y ait un effet de surprise devant les fresques !

Comment as-tu choisi le sujet de ces deux fresques ?
C’est avant tout une question d’inspiration. Ces fresques traduisent surtout une volonté qui m’est chère : offrir gratuitement de l’art à ceux qui n’ont pas forcément les moyens d’en acheter. C’est un cadeau fait avec le cœur.

Tes fresques sont toujours emplies de poésie…
Je ne souhaite pas imposer un message trop direct. La poésie s’impose naturellement lorsqu’on laisse aux spectateurs suffisamment d’espace pour qu’ils puissent interpréter l’œuvre avec leur sensibilité.

Peindre deux fresques qui se répondent représentait-il un défi particulier ?
Pas vraiment. Je l’ai déjà fait. Habituellement, j’aborde ce type d’œuvres comme un diptyque, avec un lien direct entre les deux parties. Cette fois, je les ai plutôt imaginées comme deux cases d’une bande dessinée ou deux séquences d’un film : deux images d’un même lieu, avec un avant et un après.

La réalisation a-t-elle posé des difficultés techniques particulières ?
Oui, dont une assez inattendue. Dans l’arbre situé devant la deuxième fresque, un couple de pigeons avait installé son nid sur une branche, à quelques dizaines de centimètres de la nacelle. J’ai dû faire très attention à ne pas faire tomber les œufs. C’est la première fois que je suis confronté à cette situation [rire]. Plus classiquement, le mur absorbant beaucoup de peinture, il a donc fallu gérer les quantités, sous peine de ne pas terminer !

Quel a été ton processus ?
Je peins principalement à l’acrylique, au pinceau, parce que cela me permet d’être plus précis. Pour la première fresque, la présence de plusieurs fenêtres m’a conduit à préparer une esquisse afin de positionner les différents éléments. La seconde occupant une surface totalement libre, j’ai dessiné directement sur le mur, puis j’ai ajusté la composition au fur et à mesure.

Comment as-tu choisi les couleurs ?
Pour le cœur, le rouge s’est naturellement imposé. D’une manière générale, j’aime travailler avec des couleurs primaires. Mais pour ces fresques, je suis parti du marron des mains qui s’accordait avec la couleur du bâtiment. Dans mon travail, je veille toujours à ce que les nuances s’intègrent dans l’environnement, à l’image du jaune que j’ai utilisé pour représenter l’angle du mur.

Chaque pignon mesure environ 100 m²…
Pour moi, c’est une taille moyenne que je trouve assez confortable. Je peux travailler avec suffisamment d’ampleur sans avoir les contraintes d’un mur beaucoup plus grand tout en allant très loin dans les détails, ce que ne permet pas une petite surface. Ici, les dimensions étaient idéales.


Regards croisés

Sébastien Portello, directeur de la Gestion et du Patrimoine de 3F Centre Val de Loire, et Anaïs Saillau, maire-adjointe aux maisons de quartier et aux centres sociaux de Blois, livrent leur regard sur ce projet et les enjeux qui l’accompagnent.

Comment vos ambitions respectives se sont-elles rencontrées autour de ce projet ?
Sébastien Portello : 3F Centre Val de Loire intervient dans la construction, la réhabilitation et la valorisation de son patrimoine, avec une attention particulière portée à la qualité de vie des résidents. À ce titre, nous développons des initiatives favorisant le lien social et l’amélioration durable du cadre de vie, notamment à travers des projets artistiques. Nous avions déjà mené avec Sébastien Lis et Julien Dufossey, co-dirigeants d’Unik Art Agency, un projet similaire à Montargis. L’idée de travailler ensemble sur la résidence Jules Ferry s’est imposée naturellement. 3F compte environ 500 logements dans les quartiers nord de Blois, où sont également installés nos bureaux. C’est donc un territoire que nous connaissons et vivons au quotidien, et sur lequel il nous semblait important de nous engager.
Anaïs Saillau : De son côté, la municipalité souhaite développer un parcours de fresques dans la ville, afin que les habitants puissent porter un autre regard sur leur environnement et avoir accès à l’art au quotidien. Notre ambition est qu’il trouve sa place dans tous les quartiers, pas seulement dans les lieux traditionnellement dédiés à la culture. Plusieurs œuvres existent déjà, celles de Seth, Alber, Sema Lao…, auxquelles nous sommes attachés, mais nous souhaitons aller plus loin.

Pourquoi deux fresques ?
Sébastien Portello : Deux pignons de cette résidence, réhabilitée il y a une dizaine d’années, étaient restés vierges. En concertation avec la Ville et U2A, l’idée de les exploiter avec deux fresques qui se répondent s’est imposée.

Pourquoi avoir choisi Millo et quelle liberté lui avez-vous laissée ?
Sébastien Portello : C’est un coup de cœur partagé ! Le travail de Millo porte des valeurs auxquelles nous sommes sensibles. Avec nos partenaires, nous lui avons simplement indiqué ce que nous souhaitions transmettre, puis nous lui avons laissé toute liberté pour l’interpréter. Il nous a soumis deux propositions, dont l’une a immédiatement fait l’unanimité. Elle répondait parfaitement à nos attentes tout en restant profondément personnelle. C’est à sa capacité à s’approprier une intention et à la traduire dans son propre univers que l’on reconnaît un grand artiste.
Anaïs Saillau : C’est un honneur d’accueillir Millo et de lui permettre de partager sa créativité avec les Blésois. Ses fresques dégagent beaucoup de tendresse et de poésie, qu’il offre ici aux habitants.

Au-delà de leur dimension artistique, que représentent ces fresques pour vous ?
Anaïs Saillau : Elles transmettent beaucoup de tendresse, de générosité et d’attention portée à l’autre. Ce sont aussi des valeurs de fraternité, de solidarité et de vivre-ensemble auxquelles la municipalité est profondément attachée.
Sébastien Portello : J’y vois également une dimension très forte autour de la cohésion et du don à l’autre. Cela fait écho à notre mission en tant que bailleur, qui ne repose pas uniquement sur l’entretien et la rénovation des bâtiments, mais s’inscrit aussi dans une volonté de placer l’humain au cœur de nos actions, à travers l’amélioration du cadre de vie et le lien social.

Quelle place ces fresques occupent-elles dans la vie du quartier ?
Anaïs Saillau : Nous sommes ici dans un secteur particulièrement vivant, avec le gymnase Marcel-Cerdan, une aire de jeux, un city stade, un espace de street workout, un terrain de basket… Les habitants le traversent quotidiennement pour aller à l’école, faire leurs courses, pratiquer une activité, accéder aux services publics… Les œuvres de Millo s’inscrivent donc pleinement dans leur quotidien, avec toute la poésie et la générosité qu’elles transmettent.
Sébastien Portello : Intégrées à la vie du quartier, ces fresques appartiennent désormais aux habitants. Et elles contribuent à donner à la résidence une identité encore plus forte.

Comment les habitants ont-ils été associés à la réalisation ?
Anaïs Saillau : Les services de la Ville, 3F et U2A ont beaucoup échangé avec les habitants en amont et pendant la réalisation, pour les informer, les sensibiliser et leur permettre de suivre l’évolution des fresques au fil des jours. Cette attention portée au dialogue a été essentielle pour créer une relation autour du projet. Les conditions de réalisation ont par ailleurs été particulièrement difficiles, avec de très fortes chaleurs en juillet, et il a fallu une réelle mobilisation de l’ensemble des partenaires et de l’artiste pour mener cette réalisation à son terme.
Sébastien Portello : L’enjeu est aussi de créer une dynamique qui dépasse les seuls habitants des 120 logements de la résidence. Ces fresques ont aussi vocation à attirer des personnes extérieures au quartier, à créer du lien et à faire découvrir autrement ce secteur de Blois.

Cette réalisation va-t-elle ouvrir la voie à d’autres initiatives ?
Sébastien Portello : 3F Centre-Val de Loire, présent dans quatre départements, souhaite inscrire durablement la culture et l’Art Urbain dans sa stratégie. Cette dynamique d’entreprise fait pleinement partie de notre ADN. Nous espérons également que ce type d’initiative inspirera d’autres bailleurs sociaux du territoire.

© IG / U2A

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