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Filipe Grimaldi, le maître des lettres

À travers son travail qui allie recherche esthétique et action pédagogique, Filipe Grimaldi transforme la lettre peinte en langage universel.

Artiste, enseignant et figure incontournable de la lettre peinte latino-américaine, Filipe Grimaldi, représenté par l’agence Aborda, s’est imposé comme l’une des voix les plus influentes de la scène visuelle brésilienne. En quelques mois, ses reacts didactiques ont captivé plus d’un million de personnes, offrant une nouvelle cartographie du Street Art contemporain et révélant des artistes du monde entier. Porté par une profonde connaissance des pratiques populaires, du graffiti et de la calligraphie, Filipe conjugue transmission, recherche esthétique et engagement culturel. Son travail contribue aujourd’hui à faire rayonner et à renouveler une tradition graphique vivante et essentielle.

En 2022, vos « reacts » ont fait décoller votre audience jusqu’à dépasser le million d’abonnés. D’où vient, selon vous, un tel impact ?
Le succès des reacts vient, je crois, du bon timing et d’un format encore inédit : un artiste analysant le travail d’autres artistes de façon claire et pédagogique. En commençant par les peintres de lettres, un milieu que je connais de l’intérieur, j’ai pu proposer des contenus authentiques. Puis j’ai élargi au graffiti, au muralisme et à d’autres langages de ma formation. Cette combinaison de savoir, d’authenticité et de passion a accéléré l’adhésion du public.

Vous êtes devenu un médiateur clé pour révéler des artistes brésiliens et internationaux. Comment faites-vous vos choix ?
La sélection des artistes est très organique et intuitive. Au début, j’allais chercher les vidéos, je fouillais les processus, je découvrais des artistes qui enregistraient leur pratique, et je chassais ces pépites. Avec le temps, les artistes eux-mêmes ont commencé à filmer davantage leur travail et à me l’envoyer directement. Aujourd’hui, je reçois en moyenne 200 messages par jour, donc la curation devient un mélange entre ce que je crois devoir être montré et ce qui arrive jusqu’à moi.

Quelle intervention murale vous a le plus marqué ?
Le mural qui m’a le plus marqué récemment est celui de Hanna Lucatelli au Festival Vulica, à Brasília. Au milieu de toutes les vidéos que je vois, celui-ci me revient toujours en tête par son impact. C’est une œuvre grandiose, gigantesque, dotée d’une force ancestrale impressionnante, réalisée avec une technique qu’elle a elle-même développée. Et il y a quelque chose d’encore plus puissant : c’est une femme qui occupe un immeuble de presque 40 étages, dans l’un des lieux les plus importants de l’Art Urbain au Brésil.

Avez-vous remarqué un changement dans le regard du public sur le lettrisme et l’art populaire brésilien grâce à vos publications ?
Avec mes vidéos sur l’art populaire et le lettrisme, le public a développé un nouveau regard. Ce que beaucoup ne remarquaient pas – une enseigne, une affiche, un menu peint à la main – est désormais perçu comme un travail technique, ancré dans une tradition. Plus que susciter le désir, l’enjeu était de rendre ces pratiques visibles. C’est pourquoi j’ai créé des contenus pour enrichir ce savoir et former ce regard.

Votre travail mêle références populaires, couleurs vibrantes et lettre peinte latino-américaine. Comment cette esthétique s’est-elle développée ?
J’ai découvert qu’un véritable inventaire populaire existait autour de la lettre peinte, du filetage de camion et d’autres ornements : symboles, alphabets, systèmes graphiques et décorations formaient un langage unique. En observant cela au Brésil, j’ai compris que cette visualité était profondément liée à l’Amérique latine. En étudiant nos pays voisins, j’ai retrouvé les mêmes codes dans le commerce populaire, les bus, les routes : une esthétique partagée. Les lettres latino-américaines dialoguent entre elles, influençant mon propre langage.

Quelles sont vos influences les plus importantes en dehors du lettrisme traditionnel ?
Mes influences viennent de trois univers distincts. D’abord, l’artisanat brésilien : les maîtres qui créent dans les foires et les marchés nourrissent mon regard, qu’il s’agisse d’œuvres en volume ou à plat, d’objets, de paysages ou de sculptures. Leur lien à la main, à la mémoire et au territoire m’inspire profondément. Ensuite, le graffiti, présent dans ma formation comme dans ma manière de peindre : la rue m’a appris le rythme, l’échelle et le courage. Enfin, la calligraphie, ma première école, qui m’a donné une base solide pour comprendre la forme et maîtriser le trait.

Vos vidéos et expositions créent une véritable cartographie du Street Art. Considérez-vous votre rôle d’influenceur comme une extension de votre travail d’artiste ?
Oui, c’est une extension naturelle de mon travail. Depuis mes débuts, j’ai voulu cartographier les pratiques visuelles et partager ce savoir. L’élan d’enseigner m’accompagne depuis toujours. Dans mes reacts, cela se manifeste naturellement : j’explique, je contextualise, je montre des techniques et des processus. Les gens enrichissent leur regard, les artistes gagnent en visibilité, et chacun apprend quelque chose. C’est bénéfique pour ceux qui créent comme pour ceux qui regardent.

Vous formez une nouvelle génération de peintres lettristes. Votre présence en ligne participe-t-elle à transmettre et préserver la culture visuelle lettriste ?
Je pense que cette culture ne risque plus de disparaître. Plus la technologie avance, plus elle a besoin de contenu – et ce contenu, nous le produisons. Une nouvelle génération de lettristes, inspirée des esthétiques populaires latino-américaines, s’affirme partout au Brésil. Ces artistes travaillent professionnellement et gagnent en visibilité. Avec le Sesc, nous avons créé un cours en ligne qui enseigne la lettre peinte pas à pas et a déjà touché plus de 10.000 personnes. Cette génération est bien réelle : le mouvement est vivant, transmis et désormais irréversible.

À voir
Filipe Grimaldi :
@filipegrimaldi

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