Beyond the Streets Paris 2026 : rendez-vous avec la légende
Pendant tout l’été, la Grande Halle de la Villette se transforme en temple du graffiti et du Street Art. Après Los Angeles, New York, Shanghaï et Londres, Paris accueille – enfin – « son » édition de Beyond the Streets.
Plus de cent artistes internationaux investissent l’espace de 3.600 mètres carrés avec des œuvres inédites, des archives rares et des installations immersives conçues spécifiquement pour l’occasion. Plus qu’une exposition, Beyond the Streets est surtout un récit qui retrace l’histoire d’un mouvement longtemps jugé marginal, passé récemment de la rue aux institutions et désormais incontournable dans le paysage artistique mondial. Cette édition rend également un hommage au rôle singulier de Paris dans l’essor de l’Art Urbain, avec une place centrale accordée à la scène française. À l’origine de ce concept culturel original, un homme, Roger Gastman – curateur, commissaire, auteur, éditeur de magazines, réalisateur de film et surtout « anthropologue urbain » – qui, depuis trente ans, s’emploie à ce que le graffiti obtienne enfin ses lettres de noblesse.
Selon vous, qu’est-ce qui fait du graffiti et du Street Art un mouvement si singulier ?
Tout le monde peut faire du graffiti, c’est aussi simple que cela. Chacun peut prendre une bombe ou un marqueur pour laisser une trace dans la rue : un slogan politique, un message qui le touche ou une véritable œuvre d’art, créant un peu de magie visible par tous. Bien sûr, peindre sur les murs existe depuis des centaines et des centaines d’années, mais ce que l’on appelle aujourd’hui le graffiti n’en a qu’une cinquantaine. C’est un univers très jeune, avec de grands artistes qui ont émergé et continuent d’émerger. Évidemment, il y a toujours des haters, qui restent réfractaires, mais ce n’est pas très grave. Le public est de plus en plus éduqué et l’histoire continue de s’écrire, l’important étant que les pionniers soient respectés. Et nous allons y contribuer, pour rendre ce mouvement toujours plus positif, éducatif et amusant.
Comment est né le projet Beyond the Streets ?
En 2011, j’étais l’un des principaux curateurs de Art in the Streets au MoCA (musée d’art contemporain) de Los Angeles. L’exposition, vraiment fantastique, aurait dû tourner dans différentes villes mais cela n’a pas eu lieu, parce que le monde de l’art contemporain était trop frileux ou effrayé par le sujet. J’étais totalement frustré, alors j’ai décidé de lancer mon propre projet ! Je maîtrisais la curation, mais cela m’a pris un peu de temps pour me rendre compte que je savais – en théorie – comment organiser un grand show : trouver le lieu, gérer le marketing, l’administratif, les assurances… En 2018, avec le soutien d’amis du milieu et de nombreux artistes – plus d’une centaine ont participé –, nous avons créé le premier Beyond the Streets à Los Angeles. Beaucoup d’apprentissage, pas mal de soucis, mais surtout une incroyable expérience et un grand succès. L’année suivante, nous avons organisé une deuxième édition, encore plus ambitieuse, à New York.
Dès l’origine, le projet avait-il une envergure internationale ?
Tout à fait ! Nous avions un plan sur cinq ans prévoyant de nombreuses expositions dans plusieurs villes du monde… et le COVID est arrivé ! Nous avons continué, dans les limites de ce qui était possible, en ouvrant, dès 2022, une galerie à Los Angeles, le Flagship. En 2023, nous avons investi toute la Saatchi Gallery à Londres, un superbe bâtiment de plus de 6.500 mètres carrés. À l’été 2025, nous avons créé Beyond the Streets Shanghai, notre plus grande exposition à ce jour sur plus de 11.500 mètres carrés, et aussi notre projet le plus fou. Et aujourd’hui, nous arrivons enfin à Paris. J’en suis très heureux parce que nous y songions déjà depuis 2019 !
Comment avez imaginé cette édition parisienne ?
Choisir les artistes est toujours l’une des choses les plus difficiles ! Il y a un groupe d’artistes que je connais depuis 20 ou 25 ans, qui respectent la culture de ce mouvement et contribuent à la mettre en avant. J’ai toujours voulu faire de mon mieux pour les inclure dans nos projets. Mais il faut aussi nous ouvrir aux nouvelles générations et respecter le pays et la ville où nous sommes. Même si je connais la scène française, je ne me considère pas comme un expert, mais j’ai été bien conseillé. Ce que nous voulons vraiment faire, c’est travailler directement avec les artistes, pour ne pas montrer des œuvres anciennes mais des créations originales. Beyond the Streets n’est pas une exposition comme une autre, par la taille, le nombre et la qualité des artistes, les animations proposées, les expériences immersives. Quelle que soit votre connaissance de la culture graffiti, vous allez être surpris.
À voir
« Beyond the Streets Paris »
À partir du 27 mai 2026
Du mardi au vendredi de 11h à 19h, samedi de 11h à 20h, dimanche de 11h à 18h
Grande Halle de la Villette Hall 3
211 avenue Jean Jaurès 75019 Paris
Beyond the Streets : beyondthestreets.com/fr
Instagram : @beyondthestreetsart

Rime : fidèle depuis les débuts
Que représente pour toi ta participation à Beyond The Streets Paris ?
Je connais Roger depuis longtemps et j’étais présent à Los Angeles, à New York et même à Shanghai. Le concept de Beyond the Streets est réellement différent de ce qui existe et permet de présenter de très nombreux artistes contemporains en lien avec le graffiti et d’autres formes d’art à un très large public.
Quel regard portez-vous sur la scène graffiti actuelle ?
Je pense que c’est une nécessité humaine de marquer notre environnement. Notre compréhension de l’humanité est avant tout basée sur la manière dont nous altérons l’espace. Nous sommes en lien avec nos ancêtres vivant il y a des dizaines de milliers d’années grâce aux peintures qu’ils ont laissées sur les murs de leurs cavernes. Ce que nous faisons aujourd’hui s’inscrit dans cette continuité et cet instinct de poser des tatouages temporaires sur la terre.

Le cocon parisien de Fafi
Que représente pour vous votre participation à Beyond The Streets Paris ?
Faire partie de Beyond the Streets à Paris est comme une consécration silencieuse, un jalon lumineux de trente années de création. Mais plus qu’une étape, cela ouvre un nouveau chapitre. Maintenant que mon fils a grandi, qu’il est épanoui et libre, je peux me consacrer entièrement au Carmine Vault [bande dessinée racontant les péripéties de Birtak, un des personnages clés de l’artiste], laissant les Fafinettes respirer, murmurer et s’exprimer à travers moi. Je ne les guide plus, je suis simplement le réceptacle qu’elles choisissent d’habiter.
L’exposition déploie des œuvres inédites et des installations immersives créées spécifiquement pour Paris. Qu’allez-vous présenter ?
Pour cette exposition, BTS m’a invitée à créer mon propre petit havre de paix, « Chez Fafi », un cocon parisien tendre où les rencontres peuvent naître, où l’on peut se retrouver et partager un moment. Dans cet espace intime, j’organiserai des Happenings Portraits, transformant délicatement chaque visiteur en une Fafinette. Je serai ainsi présente une semaine par mois à la Grande Halle de la Villette.
Quel regard portez-vous sur l’évolution de la scène urbaine ?
Je suis attirée par ce qui naît de la rage – celle qui couve silencieusement sous la surface – et qui finit par se répandre dans le monde comme une expérience partagée. Pour moi, l’évolution de l’Art Urbain réside dans ce glissement qui consiste à transformer la tension en attraction, en quelque chose à la fois séduisant et provocateur.
© Sunny Ringle

Les figures impossibles de Felipe Pantone
Que représente pour vous votre participation à Beyond The Streets Paris ?
Beyond The Streets a joué un rôle clé dans la construction et la définition de l’histoire du graffiti et du Street Art à l’échelle mondiale. Faire partie de ce récit est très important pour moi. Lors des éditions précédentes, mon travail a souvent été présenté vers la fin du parcours, ce que je perçois moins comme une conclusion que comme une réflexion sur les orientations futures du mouvement. C’est un honneur d’y contribuer.
Qu’allez-vous présenter ?
Je présenterai un nouvel ensemble d’œuvres dans ma série ‘Optichromies’, où j’explore les figures impossibles classiques, en particulier les constructions isométriques développées par Oscar Reutersvärd dans les années 1930. Ces structures sont intrinsèquement contradictoires : d’apparence cohérente mais irréalisables dans la réalité. Mon intérêt réside dans la traduction de ce paradoxe par la couleur et la lumière, en introduisant une instabilité chromatique, des dégradés et des interférences optiques qui repoussent les limites de la perception du spectateur. Il en résulte une tension visuelle entre logique et illusion, où l’œil négocie en permanence ce qu’il croit être réel.
Quel regard portez-vous sur l’évolution de la scène urbaine ?
L’art dans la rue existe depuis toujours, mais l’émergence du graffiti dans le métro new-yorkais a marqué un tournant historique majeur, dont l’écho résonne encore aujourd’hui. Dès lors, les artistes ont exploré d’innombrables façons d’interagir avec l’environnement urbain. Cette énergie s’est amplifiée et hybridée avec le monde numérique, profondément ancré dans notre manière de communiquer et de percevoir les images. Pourtant, rien n’égale la spontanéité et la vitalité de la rue elle-même : l’espace physique demeure le lieu d’expression le plus direct et le plus puissant.
© FPSTUDIO
Un line up exceptionnel !
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© Tim Craig







