« Jardin intérieur et ses cabanes secrètes »
Entre nature recomposée et paysages mentaux, cette exposition immersive est une invitation à pousser la porte de son jardin intérieur…
À l’occasion de sa rénovation, la galerie Christiane Vallé quitte temporairement le cœur de Clermont-Ferrand pour investir un espace inédit à Gerzat. « Pendant les travaux, j’ai imaginé un événement impossible à réaliser entre les murs de la galerie. « Jardin intérieur » est né d’une envie simple : créer un lieu où la nature reprend ses droits, où le végétal, le sauvage et l’imaginaire se mêlent librement. Un jardin que chacun porte en soi – celui des rêveries d’enfant, des cabanes que l’on se construisait pour échapper au monde, des refuges secrets où tout devient possible. Pour le déployer, j’ai choisi ce bâtiment industriel d’environ 500 m², sans qualité esthétique particulière », explique David Chabannes. Une quinzaine d’artistes – Chloé Kelly Miller, Corentin Spear, Fen X, Géraud Delteil, Greg Léon Guillemin, Jean Moiras, Mr Garcin, Poes, Olivier Masmonteil, Skio… – ont investi cet espace brut pour le transformer en une expérience immersive et scénographique.
Fragmenter l’espace…
Avec ses deux niveaux, « au rez-de-chaussée, un open space de près de 200 m² ; à l’étage, neuf salles entre 14 et 30 m² chacune », l’architecture impose un double mouvement. « Dès la porte de ce bâtiment froid et métallique franchie, le visiteur pénètre dans un jardin : le sol est recouvert de gazon ; sur les murs, uniquement des œuvres en lien avec la nature et, partout, du lierre, des glycines, des plantes…, tandis que des troncs d’arbres servent de socles aux sculptures ». La scénographie ne se contente pas d’accueillir les œuvres, elle les inscrit dans un milieu vivant, où le regard est immédiatement engagé, où même les sens sont sollicités. « L’expérience mobilise l’odorat avec des effluves doux et végétales, mais aussi l’ouïe, avec des sonorités empruntées à la nature ».
À l’étage, chaque pièce devient la « cabane secrète » d’un artiste, un espace mental autonome où la pratique s’isole. « Olivier Masmonteil y déploie un cabinet de curiosités nourri de ses sessions de pêche. Lorsqu’il part pêcher, alors qu’il est installé dans sa cabane, il fait des croquis, des dessins préparatoires, de petites aquarelles… C’est ce travail intime que l’on découvre ici. Greg Léon Guillemin végétalise sa cabane en découpant des plantes dans du carton plume. Un paysage recomposé dans lequel déambuler. Mr Garcin propose une cabane japonaise avec des tatamis au sol, des œuvres autour du Japon, un érable ; Art by Uzume crée une cabane du collectionneur où les objets de collection seront disposés sur des cagettes… ». À l’entrée de chaque espace, un texte qui n’impose pas mais oriente, « pour mieux comprendre l’intention de l’artiste ».
La nature comme ligne de force
Parmi ces espaces, une salle sans fenêtre et entièrement noire, révèle une projection de l’espace intérieur du galeriste. « Ma cabane est à la fois spirituelle et intellectuelle ». Un seul tableau s’impose au regard : une œuvre de Seth, éclairée de façon ciblée, montrant un enfant assis sur des livres regardant le ciel. « Pour faire le lien avec ce tableau, l’espace se compose de piles de livres fixées entre elles, sous un plafond transformé en ciel étoilé. Cet enfant, la tête dans les étoiles, représente ce que j’essaie de préserver dans ma vie ; les livres, symbole de culture, volontairement mal empilés, traduisent le bazar constant dans lequel je vis, entre un cerveau qui fourmille d’idées et un quotidien bien rempli ». Si la nature irrigue l’ensemble du projet, elle s’ancre aussi dans une pratique personnelle : « Je prends beaucoup de plaisir dans mon jardin, à cultiver mes tulipes, à planter des rhododendrons. Tout comme j’éprouve une émotion particulière devant certaines œuvres, notamment Les Cerisiers en fleurs de Damien Hirst. Pour moi, se reconnecter à la nature est nécessaire et apporte beaucoup ». L’exposition explore ainsi l’intime et l’imaginaire à travers une succession de zones contrastées. D’un espace à l’autre, le visiteur traverse des jardins intérieurs aux écritures contrastées. Une exploration visuelle et sensorielle à éprouver.
À voir
« Jardin intérieur »
Du 17 mai au 25 juillet 2026
Du lundi au samedi, de 14h à 19h
70 chemin Donnavignat 63360 Gerzat
Galerie Christiane Vallé : galerievalle.com
Instagram : @galeriechristianevalle







