« Nouveaux Empires, Nouveaux Vampires »

Cette exposition collective, libre et volontairement transversale, nous rappelle que l’art conserve toute sa capacité à questionner, alerter et déranger.

Sous un titre à la fois grinçant et évocateur, l’exposition imaginée par Benoît Maître propose une lecture artistique des inquiétudes contemporaines. Et plutôt que de circonscrire le propos à un seul sujet, le galeriste a choisi d’en assumer toute l’ampleur. Les artistes invités portent ainsi leur regard sur les multiples formes de domination qui traversent notre société et sur ces nouveaux empires qui façonnent le monde contemporain.

Pourquoi as-tu choisi ce sujet ?
Le déclencheur a été le jeu de mots entre « empire » et « vampire ». Il m’a fait réagir et le sujet s’est imposé à moi. Nous sommes face à une actualité difficile, à une réalité anxiogène. Ce qui relevait encore récemment de la dystopie semble aujourd’hui s’être installé dans notre quotidien. Cela nourrit déjà le travail de certains artistes qui, régulièrement ou plus ponctuellement, réalisent dans la rue comme sur toile des œuvres en lien avec les bouleversements sociaux, politiques ou géopolitiques de notre époque. Lorsque des bouleversements importants traversent la société, beaucoup ressentent le besoin de réagir, de questionner, voire même de prendre position, même si ce n’est pas nécessairement leur rôle. Pourtant, il existe peu d’expositions collectives qui réunissent ces regards de manière transversale. J’ai la chance de disposer d’un lieu comme le Lavo//Matik, un espace un peu « couteau suisse », fondé sur la liberté d’expression et le respect. Il m’a donc semblé légitime et logique d’y proposer cette exposition.

De quels empires parle-t-on ?
Des puissances géopolitiques qui cherchent à imposer leur hégémonie au reste du monde, comme la Russie en Ukraine ou les États-Unis un peu partout, pour ne citer qu’eux. De l’empire construit par l’homme le plus riche du monde, Elon Musk, dont les milliards lui permettent de peser sur les élections françaises, allemandes ou hongroises. De la domination des multinationales du numérique sur notre quotidien, qu’il s’agisse de nos moyens de communication ou des algorithmes des réseaux sociaux. Des chaînes d’information partiales et anxiogènes. Du complotisme de tous bords. De cette « bonne morale » qui remet en cause des avancées comme le droit à l’avortement, la contraception ou l’égalité entre les femmes et les hommes, que nous pensions acquises pour toujours. Du retour d’un masculinisme effréné. De la malbouffe orchestrée par l’industrie agroalimentaire… Sans oublier la diabolisation de la culture par certains, précisément parce qu’elle dérange. C’est aussi pour cette raison qu’il me semble important de proposer ce genre d’exposition. J’espère qu’il y en aura d’autres, dans d’autres lieux, car la culture doit continuer à déranger, à questionner, à jouer son rôle de poil à gratter.

Le sujet n’est-il pas trop large ?
C’est justement ce qui le rend intéressant. Il n’existe pas un seul sujet, mais une multitude de problématiques, car ces « empires vampires » sont malheureusement loin d’être bénéfiques à l’humanité. Une petite exposition dans le 13e arrondissement de Paris ne changera évidemment pas le cours des choses, mais il reste important de s’interroger sur ce que nous vivons et sur la direction que prend notre société. C’est tout le sens de « Regards d’artistes sur l’évolution du monde ». Je suis assez curieux de voir ce qu’il va en sortir, ce que les uns et les autres vont proposer. Je m’attends à de belles surprises !

Quelles consignes as-tu données aux artistes invités ?
Je leur ai uniquement communiqué le titre de l’exposition. Il était essentiel qu’ils restent totalement libres de leur interprétation, du sujet qu’ils souhaitaient aborder et de la manière de le traiter.

En quoi l’art urbain se prête-t-il particulièrement à un tel sujet ?
Même si l’Art Urbain fait aujourd’hui pleinement partie du paysage des villes, au point de devenir parfois une forme de décoration consensuelle, il ne faut pas oublier qu’il est utilisé, depuis ses origines, par de nombreux artistes pour exprimer leur opinion. Pour eux, ce moyen d’expression associe la force du graphisme à la puissance du message. La contestation, la révolte et la volonté d’alerter sont profondément inscrites dans leur ADN. Aujourd’hui plus que jamais, il m’a semblé important de leur donner l’occasion de mettre le doigt – et le pinceau – sur ce qui se passe… même si nous conservons toujours l’espoir que nos pires craintes ne se réalisent pas !

À voir
« Nouveaux Empires, Nouveaux Vampires »

Du 19 septembre au 10 octobre 2026
Mardi de 12h à 17h, du mercredi au samedi de 12h à 19h
Le Lavo//Matik
20 boulevard du Général d’Armée Jean Simon
75013 Paris
lelavomatik.com
Instagram : @lelavomatik

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